17 mars 1955, tout Montréal est en émoi après l’annonce de la suspension de leur idole Maurice Richard, ordonnée par le président de la Ligue nationale de hockey Clarence Campbell. Voilà le point de départ et le point d’arrivée du film Maurice Richard du réalisateur Charles Binamé, l’histoire d’un héros bien de son temps qui a porté avec lui les espoirs et les frustrations d’un peuple fatigué. Cet événement, qui deviendra par la suite l’un des jalons importants de l’histoire du Québec moderne, nous est raconté de merveilleuse manière dans ce drame biographique à la hauteur du personnage qu’était le « Rocket ».
Maurice Richard est une magnifique histoire d’amour, de détermination et de rédemption mise en images de manière exceptionnelle. À une époque où les canadiens-français marchaient les yeux au sol, Maurice Richard s’est imposé sur la glace, a refusé de se faire mettre dans un coin et a ainsi inspiré tout un peuple à marcher la tête haute. Très bien ficelé, le scénario retrace les moments importants de la carrière du hockeyeur dont on ne retiendra que les années précédant la célèbre émeute et s’attarde principalement à l’homme derrière la légende. En ce sens, le hockey demeure ici toujours secondaire au récit intimiste de la vie de Richard, bien qu’il résonne dans chacun des actes et des silences de cet homme.
Pour l’occasion, Roy Dupuis chausse ses patins pour incarner un Maurice Richard plus grand que nature. La fougue, la détermination et l’intensité du numéro 9 se reflète dans les gestes de Dupuis qui nous offre une performance émouvante et inspirante. Loin du pastiche, l’acteur semble véritablement être habité par la même ardeur qui enflammait Richard. Intense autant dans les scènes dramatiques que sportives, Roy Dupuis y va véritablement d’un coup de maître qui ne manquera pas d’en mettre plein la vue aux spectateurs.
Il est ici appuyé par une distribution secondaire éclatante. Julie Le Breton, qui incarne la femme de Richard, est touchante de sincérité. Il faut également saluer le jeu de Normand Chouinard et Pierre-François Legendre qui ajoutent un peude fraîcheur dans cette grande fresque historique. Notons également la performance extraordinaire de Stephen McHattie dans la peau de l’entraîneur du Canadien Dick Irvin, de même que celle de Patrice Robitaille qui incarne Émile "Butch" Bouchard.
Pour mettre en images cette histoire spectaculaire, Charles Binamé propose une mise en scène efficace qui reconstitue avec brio une époque. Les tons de terre se déploient sous nos yeux et font écho à la Grande noirceur. Le réalisateur reprend même, à certains moments, de vieilles images d’archives dans lesquelles il intègre de manière fort réussie les acteurs du film. Pour leur part, les scènes de hockey sont électrisantes et authentiques et raviront les adeptes de ce sport. La direction photo de Pierre Gill, à gros grains, est également exceptionnelle.
En définitive, Maurice Richard est un vibrant hommage à cet homme simple et athlète hors pair qui s’est illustré, peut-être malgré lui, comme un défenseur de l’identité canadienne-français et qui, plébiscité et galvanisé par tout un peuple, a repoussé toutes les limites possibles. Une histoire qui ne manquera pas de réunir plusieurs générations et qui ranimera certainement la flamme patriotique et sportive de plusieurs.
lecinema.ca a aimé :
Pratiquement tout ici est à la hauteur de l’homme qu’était Maurice Richard
Roy Dupuis, encore une fois exceptionnel
La direction photo et la mise en scène « vieillotte »
lecinema.ca n'a pas aimé :
La musique de Michel Cusson, très belle, mais qui se fait parfois trop présente